
Bienvenue dans l'age ingrat. J'espère que vous avez amené une torche!
Soyons réalistes, la plupart des gens qui parcourent les blogs amateurs consacrés aux jeux vidéos n'ont pas eu une adolescence facile facile. Donc quand je m'apprête à dire que le Jeu Vidéo en tant que média rentre dans son adolescence je pense que la plupart d'entre vous voient de quoi je veux parler (la boule dans votre gorge disparaîtra d'ici 5 à 10 minutes). Aux autres, les nostalgiques de cette période, j'aimerais dire deux choses: Merci de vous être perdu sur cette page (n'hésitez pas à cliquer sur les pubs)
Alan Wake est un jeu cool, est-ce que pour autant on tient là un bon jeu, hmmm... Est-ce qu'on peut parler d'un bon film de Michael Bay? Probablement... mais pas trop fort.
Le père Wake est rempli de moments cool, à plusieurs instances je me suis surpris à rigoler bêtement devant mon écran dans les moments les plus « over the top », Les décors sont splendides (à défaut d'être vraiment variés) et le principe des épisodes avec leur « previously...on Alan Wake » contribue vraiment à cette patine de coolitude.
A la limite, si on s'arrêtait ici, on tiendrait un jeu vraiment respectable, certes, un jeu pas à l'abri d'une gestion des collisions cafouilleuses (oui je sais, ce n'est pas un mot, mais essayer de faire sauter le père Alan au dessus d'une barrière et vous verrez ou je veux en venir) et d'une IA complètement irritante (une peu marre au bout d'une demie heure de se prendre des coups de hache dans le dos, il ne faut pas confondre Intelligence Artificielle et fourberie) mais un jeu tout à fait respectable.
Donc si j'applique la formule: Action au top + Moments époustouflants + Collisions incohérentes – Intelligence = Michael Motherfucking Bay.
Ok, donc tout va bien? On est en présence d'un bon petit jeu, ou plutôt d'un bon gros blockbuster, un truc bien foutu qui fera une super démonstration de votre installation home cinema devant les petits copains. Un plaisir honteux mais décomplexé en somme?
Pas vraiment.
Ce qui complique les choses avec Alan Wake c'est la note d'intentions qui si elle est louable en soit dans son ambition se révèle au final casse gueule. Dans un soucis bien légitime de nous fournir une expérience la plus cool possible, Remedy cite Stephen King, John Carpenter, Lost, David Lynch, etc. Ce qui est très bien sur le papier mais ici vous vous retrouvez avec une trame regroupant des éléments qui ont certes fait leurs preuves ailleurs mais qui se retrouvent ici hors contexte. En effet les ruptures de ton sont tellement fréquentes et radicales qu'on a trop souvent l'impression d'être devant le travail de fans (appliqués certes) plutôt que devant une œuvre d'auteur.
Et là quelque part Roger Ebert se fend bien la gueule. (Je devrai peut-être repenser cette expression.)
Ce qui me ramène vers l'adolescence. Nous sommes sortis de l'enfance du Jeu Vidéo il y a quelques temps maintenant dans la mesure où nous nous sommes (un peu) lassés de simplement regarder les jolies lumières et de faire des Pew Pew et des Vroum Vroum. Je pense pouvoir dire que ces dernières années nous avons atteint le paroxysme de ce qu'on peut atteindre en matière de Pew Pew et de Vroum Vroum (Merde, je vais tellement m'en vouloir quand je vais relire cet article...) Je pense que les développeurs arrivent maintenant dans leur phase « Fan »; si il y a bien un concept adolescent, c'est bien celui de fan.
Considérons un moment la difficulté de faire des jeux vidéos de nos jours. Concrètement en choisissant cette voie vous rejoignez les rangs des parias de l'industrie du divertissement. Si il faut encore vous en convaincre essayez de parler jeu dans une soirée ou les gens ont plus de trente ans (Non, en fait n'essayez pas, je n'ai pas envie de venir vous ramasser à la petite cuillère). Ok, le geek est peut-être chic en ce moment mais vous aurez quand même l'air d'un gros concon au bout de vingt minutes et pas seulement à cause des miettes de chips dans votre barbe, espèce de gros dégueulasse.
Imaginez maintenant que cette soirée est l'industrie du divertissement...
Déjà qu'on vous regarde comme un nouveau riche, vous avez intérêt à vous trouver très vite de quoi briller. Surtout que depuis que le cinéma a abusé de votre confiance plusieurs fois, soyons francs, tout le monde vous prend un peu pour une salope.
Bref, de votre frustration naîtra une certaine précipitation (encore un thème très adolescent)
Ce qui nous ramène à Alan Wake (si si!)
Certains petits malins au fond diront sûrement que cinq ans de développement, on a déjà vu des précipitations plus précipitées. Je leur répondrai que cinq ans ce n'est pas énorme si on ne cesse de rajouter des éléments au jeu à chaque fois qu'on voit un truc cool à la télé, qu'on lit un livre ou qu'on loue un DVD (et je rajouterai probablement un truc désobligeant sur leurs mères parce que je n'aime pas qu'on m'interrompe)
Cinq ans pour polir un tel fourre-tout, c'est un tour de force. Surtout quand au bout d'un tel investissement financier vous devez désormais polir à nouveau pour pouvoir vendre le jeu au plus grand nombre.
Souriez, vous êtes officiellement victime de votre ambition.
Bon alors dans ce cas là on tente plus rien et on attend patiemment Hyper Pew Pew XII ou Gran Vroom Vroom VI Vroom Around The World?
Absolument pas! Mais on prend une grande respiration et on y va petit à petit.
Alan Wake est bâti sur une structure épisodique! Une excellente idée pour plusieurs raisons.
Premièrement, cela permet de contenir en à peu près une heure de jeu, un arc narratif complet. Pour un jeu qui en l'état se noie sous ses influences cela aurait permis notamment de se limiter à une influence majeure par épisode. Ainsi chaque épisode aurait pu « rendre hommage » à (pomper allègrement) un style particulier.
Cette structure permet aussi de varier le Gameplay, un aspect entraperçue dans la course contre la montre en voiture. Un vrai bon moment du jeu soit dit en passant. Développé au maximum, cette idée, ainsi que le moteur vraiment permissif du jeu aurait permis de passer du Survival bourrin à l'horreur psychologique intense en passant par de l'enquête Old School. (Honnêtement vous n'auriez pas aimé passer un peu plus de temps en ville avec les protagonistes, pour une fois qu'on avait des personnages potentiellement intéressants...enfin excepté le type du FBI, fuck that guy!) En l'état et à l'exception de trop rares moments le jeu ne nous propose que trop souvent la même recette
A) Se faire tomber par les ombres
B) Les affaiblir avec votre torche
C) Les finir à coup de fusil
D) Voir A)
Enfin l'intérêt peut-être relancer fréquemment par des cliffhangers (puisqu'on est parti à copier les grands frères) Cliffhangers qui avaient d'ailleurs été promis par Remedy mais que personnellement je cherche encore.
Espérons que le contenu téléchargeable annoncé ira dans ce sens. Après tout j'avais le même problème avec Heavy Rain (Très bonne expérience, très mauvaise écriture) et la chronique téléchargeable du taxidermiste avait pour le coup pris tout son sens, pas de retournements de situation alambiqués et pas de sauts de la foi désespérés par dessus les trous scénaristiques.
En parlant de trous scénaristiques, dans Alan Wake vous tombez une fois par épisode sur des téléviseurs que vous pouvez allumer, chaque poste passe un épisode de la série « Night Springs » sorte de « Twilight Zone » créée pour les besoins du jeu. En plus d'être une des meilleures idées du jeu en terme d'immersion (regardez un épisode en entier dans une baraque qui craque quand vous savez ce qui rode dans les parages est vraiment un grand moment) vous tomberez sur un épisode ou deux femmes trouvent un trou scénaristique littéral dans leur cave, l'épisode est le dernier et le plus pince sans rire de tous et fait penser à un aveu des auteurs du jeu. Comme si conscients d'une faiblesse ils nous faisaient la promesse tacite de faire mieux la prochaine fois.
Pour résumé, à défaut d'être parfait Alan Wake reste une expérience vraiment sympathique proposée par des gens qu'on sent vraiment passionnés, maintenant qu'ils ont les outils, reste plus qu'à attendre un vrai grand jeu de leur part.
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